Lors du deuxième jour de son procès devant la Cour de justice de la République pour prise illégale d'intérêts, Eric Dupond-Moretti a parlé de ses débuts en tant que ministre de la Justice et a vivement réagi aux accusations portées contre lui.
Par moi, Valérie de Senneville
La situation se déroulait plutôt bien. Durant toute la matinée, Eric Dupond-Moretti avait répondu de manière calme aux questions précises du président Dominique Pauthe. Le ministre de la Justice avait raconté comment sa nomination en juillet 2020 avait provoqué un "grand bouleversement" pour lui : "Imaginez ce qui m'est arrivé", a-t-il demandé aux juges de la Cour de justice de la République (CJR). À cette époque, avec tout cela, il se fichait de ses anciennes disputes avec des magistrats.
Depuis le début de cette semaine, le ministre de la Justice est jugé pour avoir commis une prise illégale d'intérêts. La justice le soupçonne d'avoir utilisé sa position actuelle pour se venger de magistrats avec lesquels il aurait eu des conflits lorsqu'il était avocat. Eric Dupond-Moretti réfute l'idée qu'il soit un vengeur irascible qui règle ses comptes, comme on a voulu le présenter. Il souligne qu'il a quitté un métier qu'il aimait et qu'il a pour objectif de réussir dans son ministère. Le reste lui importe peu, il s'en fiche.
Au fil de la matinée, le ministre de la Justice montre des signes de colère. Il critique ceux qui lui ont donné l'impression que l'enquête était manipulée, les syndicats de magistrats qui lui ont déclaré la guerre, la perquisition au ministère de la Justice où les gendarmes armés n'ont pas ouvert un seul tiroir, et enfin l'ex-procureur général François Molins qui interdira à certains de rejoindre son cabinet après sa nomination et qui sera ensuite en charge de l'enquête devant la CJR.
Il affirme avoir réalisé que peu importe ce qu'il pourrait dire, la décision avait déjà été prise. Cependant, Eric Dupond-Moretti affirme que ce procès ne consiste pas en un affrontement entre un méchant ministre de la Justice et une justice qui fonctionnerait parfaitement.
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Le président de la Cour recadre continuellement Eric Dupond-Moretti d'une voix calme qui rappelle presque celle d'un médecin, en posant des questions précises. Les mains jointes sur le pupitre, Eric Dupond-Moretti se détend, prend des notes, puis reprend son élan avec encore plus de détermination.
Dominique Pauthe insiste et demande à plusieurs reprises s'il n'a vraiment pas anticipé le possible conflit d'intérêts. Mais le ministre s'énerve en demandant : « Quel bénéfice aurais-je tiré de cela, il faudra tout de même m'expliquer ? ». Il ajoute ensuite : « Il est difficile de mettre les choses par écrit, il est beaucoup plus facile de les modifier par la suite ».
Le président interroge le ministre sur la raison pour laquelle trois magistrats ont été nommément cités dans un communiqué de presse après l'enquête de fonctionnement. Le ministre répond en déviant la conversation en disant que c'était déjà un secret connu de tous, car les magistrats ne se sont pas gênés pour en parler dans les médias.
Depuis le début de cette affaire, il maintient fermement sa position en affirmant qu'il n'a fait qu'obéir aux conseils de ses collaborateurs. Il insiste sur le fait qu'il n'a jamais demandé à son équipe d'accélérer ou de favoriser une procédure quelconque. Il jure que personne ne lui a jamais mentionné un possible « conflit d'intérêts ».
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Cependant, le procureur général Rémi Heitz souligne que la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) et certains membres de son cabinet se posent des questions sur un potentiel conflit d'intérêts, et le décret de déport du ministre vers le Premier ministre confirme clairement l'existence d'un conflit. Le haut magistrat se demande s'il n'y aurait pas de la part de l'ancien avocat une sorte de refus de reconnaître ce conflit. Le ton monte rapidement. Rémi Heitz insiste sur le fait qu'il y a eu un conflit d'intérêts, sinon il n'y aurait pas eu de déport.
De manière sarcastique, le ministre s'indigne envers son interlocuteur en affirmant que ses accusations sont malveillantes et qu'il n'a aucun droit de lui reprocher quoi que ce soit. Le ministre souligne le fait que l'enquête administrative lancée contre Madame Eliane Houlette, l'ancienne directrice du Parquet national financier (PNF) et amie proche de l'interlocuteur, est utilisée comme argument pour le mettre en accusation. Le ministre remet en question le conflit d'intérêts de son interlocuteur.
Eric Dupond-Moretti fait un retour remarqué, rappelant ses jours d'avocat, mais il n'arrive pas à agacer Rémi Heitz, qui refuse de transformer cette affaire en une autre affaire : "Il n'y a rien de mal intentionné, je reste totalement impartial".
Le procureur général constate que ma question n'a pas reçu de réponse.
La séance se prolongera jusqu'au 16 novembre.
Valérie de Senneville est l'auteur
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