Le ministère de l'Agriculture a récemment lancé un appel à projets concernant le reboisement, suscitant des débats sur les coupes rases. Les associations critiquent le manque d'encadrement de cette pratique consistant à récolter tout le bois d'une parcelle en une seule fois.
Écrit par Anne FEITZ
Malgré les vacances d'été, la question du reboisement en France reste controversée. En effet, le ministère de l'Agriculture a récemment lancé un appel à projets sur le renouvellement des forêts, très attendu par de nombreux acteurs.
À partir du 15 octobre 2024, un appel à projets sera lancé pour fournir des subventions à la plantation d'arbres. Dans la continuité des plans France Relance et France 2030, le gouvernement sortant a prévu un budget annuel de 250 millions d'euros pour le reboisement en 2024 (sur un total de 500 millions dédiés à la forêt), avec l'intention de renouveler cette enveloppe chaque année. En réponse à la dégradation préoccupante de la forêt française, Emmanuel Macron s'était engagé en 2022 à planter 1 milliard d'arbres en dix ans.
La destruction des puits de carbone
La publication de cet appel à projets était très attendue, surtout en ce qui concerne les critères pour obtenir des subventions. Les associations environnementales étaient particulièrement déçues de constater que près de 90 % des financements accordés dans le cadre de France Relance ont été utilisés pour des plantations après des coupes rases. Cette pratique consistant à abattre tous les arbres d'une parcelle en une seule fois, souvent pour vendre le bois, est fortement critiquée car elle détruit les puits de carbone et la biodiversité, tout en augmentant le risque d'échec des nouvelles plantations exposées au plein soleil.
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Les associations avaient l'espoir que les coupes à blanc seraient réglementées de manière plus stricte, même si elles ne sont pas interdites comme dans certains pays comme la Suisse. En revanche, les professionnels de l'industrie forestière cherchaient à valoriser leur bois et préféraient maintenir une certaine flexibilité. Cependant, de plus en plus d'entre eux reconnaissent l'importance à long terme d'une gestion forestière plus durable, basée sur la sélection régulière des arbres à récolter au sein de la forêt.
Les associations estiment que les critères d'attribution des coupes forestières sont encore trop laxistes malgré les ajustements effectués dans le plan France 2030 par rapport à France Relance. Elles critiquent le fait que les coupes radicales sont autorisées sur les parcelles contenant seulement 20% d'arbres mal en point. Selon Sylvain Angerand de l'association Canopée, ce seuil de 20% permettrait de couper jusqu'à 80% d'arbres en bonne santé, ce qui aurait un impact négatif sur les puits de carbone et prendrait des années à se reconstituer.
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Les coupes rases sont désormais interdites sur les peuplements pauvres ou vulnérables au changement climatique, sauf si ces peuplements peuvent être améliorés. Il est également nécessaire de procéder à des plantations diversifiées après une coupe rase. Les préfets peuvent fixer des seuils d'autorisation et les schémas régionaux de gestion sylvicole incluent des directives sur les coupes rases, en tenant compte des situations locales et des enjeux, selon le ministère de l'Agriculture.
La loi transpartisane suscite des inquiétudes quant au lancement d'un nouvel appel à projets dans le contexte politique actuel, mais les associations comptent sur le nouveau Parlement pour changer la donne. Sophie Panonacle, députée de Gironde pour Ensemble pour la République, prévoit de représenter sa proposition de loi sur une gestion durable de la forêt à l'Assemblée d'ici le 15 septembre. Ce texte propose en particulier un encadrement plus strict des coupes à blanc et une incitation fiscale pour encourager la gestion "à couvert continu".
Elle souhaite ainsi amener un débat au Parlement qui avait été jusqu'à présent tranché par une décision interministérielle. Elle prévoit de faire de ce projet de loi une initiative transpartisane et l'a cette fois envoyé à tous les députés. Selon elle, un nouvel appel à projets ne sera pas suffisant pour protéger la forêt. En avril dernier, une soixantaine de députés de la majorité présidentielle avaient soutenu le texte qu'elle avait déposé.
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Anne Feitz
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