Le remaniement du gouvernement suscite de vives contestations avec le retour de Rachida Dati. Cette ancienne ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy est nommée ministre de la Culture dans le premier gouvernement de Gabriel Attal. Cependant, cette décision est mal accueillie au sein de la majorité.
Par Grégoire Poussielgue
Par mes propres mots
Lors d'une interview sur France Inter en juin 2021, Rachida Dati exprimait son mépris envers Emmanuel Macron et son parti, connu alors sous le nom de "En marche" et rebaptisé "Renaissance". Cependant, deux ans et demi plus tard, l'ancienne ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy a radicalement changé de ton en acceptant de rejoindre le gouvernement de Gabriel Attal en tant que ministre de la Culture, en remplacement de Rima Abdul Malak.
La nomination de Rachida Dati est la seule véritable surprise de ce remaniement. C'est d'abord surprenant car elle est une membre importante des Républicains (LR). Elle occupe le poste de maire du 7e arrondissement de Paris et fait partie du conseil stratégique du parti dirigé par Eric Ciotti.
D'après l'AFP, elle a informé les membres du groupe LR à Paris de sa nomination avant même la publication officielle de la liste du gouvernement. Son intention est de conserver la présidence du principal groupe d'opposition au Conseil de Paris, avec pour objectif de remporter les élections municipales en 2026.
Le fait qu'elle ait été nommée risque de provoquer une grande surprise au sein des Républicains, ce qui pourrait tendre les relations avec la majorité et relancer le débat au sein de la droite sur la pertinence d'une alliance avec les Républicains. Juste après sa nomination, Eric Ciotti a annoncé qu'elle était exclue des Républicains. Il a déclaré sur X: "Rachida Dati a choisi d'entrer au gouvernement. Elle se place en dehors de notre famille politique. Elle ne fait plus partie des Républicains".
Rachida Dati fait son grand retour au gouvernement, après avoir occupé le poste de ministre de la Justice sous la présidence de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2009. Sa personnalité, qui divise les opinions, a généré de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux.
L'aile droite radicale a critiqué le fait que les Républicains soient intégrés dans le mouvement d'Emmanuel Macron. Marion Maréchal, chef de file de Reconquête !, le parti d'Eric Zemmour pour les élections européennes de 2024, a ironisé en disant que Rachida Dati, présidente du Conseil national des Républicains, est maintenant ministre de Macron. Selon elle, la fusion des Républicains avec le macronisme est terminée.
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La gauche a souligné les scandales judiciaires de Rachida Dati. En effet, depuis juillet 2021, elle fait l'objet d'une mise en examen pour des accusations de "corruption passive par personne exerçant un mandat électif public au sein d'une organisation internationale [le Parlement européen, NDLR]", "recel d'abus de pouvoir" et "trafic d'influence passif" dans le cadre de l'affaire Ghosn.
« Auparavant, un ministre qui était mis en examen devait démissionner. Maintenant, une personne mise en examen pour corruption peut être nommée ministre. […] C'est vraiment décevant pour le monde de la culture », a critiqué Emmanuel Grégoire, premier adjoint de la maire de Paris, sur X (anciennement Twitter). Gabriel Attal, invité du journal télévisé de 20 heures sur TF1 après l'annonce du nouveau gouvernement, a pris la défense de la nouvelle ministre de la Culture. « C'est une femme qui suscite des réactions car elle est engagée et pleine d'énergie », a-t-il déclaré. Concernant ses affaires judiciaires, Gabriel Attal a invoqué la présomption d'innocence. « Une mise en examen ne constitue pas une condamnation. Cela ne signifie pas qu'elle est coupable », a-t-il ajouté.
Selon l'Agence France-Presse, Anne Hidalgo, la maire de Paris, a exprimé sa solidarité envers les acteurs du monde de la culture et leur a souhaité bon courage face aux difficultés qu'ils devront affronter.
Rachida Dati a été critiquée pour ses relations passées avec le Qatar, qui ont été mentionnées dans le livre "Nos très chers émirs" de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, paru en 2016. Elle avait initialement envisagé de porter plainte pour diffamation, mais a finalement décidé de ne pas le faire.
La désignation de Rachida Dati suscite également un grand malaise au sein de la majorité d'Emmanuel Macron. Après la réforme des retraites et la loi sur l'immigration, elle accentue davantage le virage à droite du gouvernement. Certains parlementaires, sous couvert d'anonymat, ne mâchent pas leurs mots. "Ce n'est pas un remaniement, c'est un reniement. La défaite morale précède toujours la défaite électorale", dénonce un parlementaire du groupe Renaissance à l'Assemblée nationale. Selon nos informations, les échanges entre députés ont été animés après l'annonce du nouveau gouvernement et de la nomination de Rachida Dati, dans l'optique de former un nouveau groupe à l'Assemblée nationale. "Je vois une dérive politique se poursuivre qui enterre définitivement le macronisme. C'est désespérant. De plus, c'est une erreur tactique qui va bénéficier à Raphaël Glucksmann [tête de liste pour les socialistes, NDLR] lors des élections européennes", ajoute un autre député Renaissance.
Suite à la législation sur l'immigration qui a divisé la majorité, les conséquences de cette nomination risquent d'avoir un impact durable sur Renaissance.
Grégoire Poussielgue
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