Gérald Darmanin envisage déjà de quitter ses fonctions de ministre de l'Intérieur. À peine une semaine après la formation du gouvernement de Gabriel Attal, Darmanin estime qu'après les Jeux Olympiques, il aura achevé un cycle au ministère de l'Intérieur.
Par Grégoire Poussielgue
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Nouvelle version
Depuis qu'il a été nommé Premier ministre il y a une semaine et qu'il a annoncé son gouvernement peu de temps après, Gabriel Attal n'a cessé de montrer un ton agressif. Il souhaite un gouvernement qui agit, qui obtient des résultats et dont les ministres sont engagés à 200%.
Cependant, parmi les membres proches de l'équipe, il y en a un qui pense déjà à l'étape suivante, prévoyant même son départ du gouvernement et le prochain remaniement : Gérald Darmanin. Dans une interview accordée au "Figaro", le ministre de l'Intérieur a déclaré : "Ma mission est de garantir le succès des Jeux Olympiques. Une fois cela accompli, mon cycle au ministère de l'Intérieur sera terminé." Ce lundi, il s'est rendu en Seine-Saint-Denis pour une nouvelle visite axée sur la sécurité des JO.
Un ministère épuisant
Après les Jeux Olympiques, qui se dérouleront du 26 juillet au 11 août, et les Jeux Paralympiques, qui auront lieu du 28 août au 8 septembre, le ministre de l'Intérieur envisage clairement de quitter le gouvernement. Il aura alors occupé le poste de ministre à Beauvau pendant plus de quatre ans, ce qui en fait le mandat le plus long depuis Raymond Marcellin entre 1968 et 1974 (sous les présidences de Charles de Gaulle et Georges Pompidou). Il aura également été ministre des gouvernements d'Emmanuel Macron pendant sept ans et demi, ayant commencé en tant que ministre des Comptes publics de 2017 à 2020.
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Au ministère de l'Intérieur, Gérald Darmanin a été à l'initiative de plusieurs projets de loi majeurs. Il a notamment proposé la loi contre le séparatisme en 2021, qui vise à lutter contre les mouvements religieux extrémistes. De plus, il a fait adopter une loi de programmation pour son ministère à la fin de l'année 2022, afin de mettre en place des mesures concrètes pour renforcer la sécurité intérieure. Enfin, la loi sur l'immigration, qui a été votée avec difficulté en décembre dernier, a provoqué des tensions politiques en début d'année.
Les anciens membres de la République en Marche (LRM) ainsi que le parti Rassemblement national (RN) saisissent toujours l'opportunité de souligner les résultats médiocres en matière de lutte contre l'insécurité et l'immigration, et critiquent un ministre qui se focaliserait principalement sur la communication.
« Garder le contrôle de sa propre destinée »
Il n'en est pas à sa première mention de cette échéance, mais le faire à peine une semaine après l'annonce du nouveau gouvernement est significatif. Gérald Darmanin, qui avait comme objectif d'occuper le poste de Premier ministre en juillet dernier, montre son indépendance et met en avant son propre calendrier, ce qui risque de perturber le message que Gabriel Attal essaie de construire pour son nouveau gouvernement.
Selon l'analyse de la politologue Chloé Morin, on peut comprendre que Gérald Darmanin ne soit pas satisfait de la nomination de Gabriel Attal à Matignon. Par conséquent, il est compréhensible qu'il exprime son désir de garder le contrôle sur son propre avenir et qu'il ne souhaite pas confier sa légitimité à un Premier ministre susceptible d'être contesté.
Gérald Darmanin a déjà fait cela auparavant. Même sous la direction d'Elisabeth Borne, il avait déjà montré son assurance. Après avoir commencé sa carrière politique personnelle dans sa région de Tourcoing en août dernier, il a organisé en novembre les « Rencontres de Beauvau » afin de dialoguer avec les représentants locaux. Jusqu'à présent, une seule réunion a eu lieu, mais son équipe promet qu'il y en aura d'autres à venir.
Un "choc électoral pour remporter les élections européennes"
De plus, le ministre de l'Intérieur exprime ouvertement ce que beaucoup pensent en silence: le premier gouvernement Attal est un "choc électoral fait pour remporter les élections européennes" avec une capacité limitée à se projeter dans l'avenir. "Ce gouvernement sera évalué en fonction des élections européennes du 9 juin", confirme un membre de la majorité.
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Actuellement, la majorité est loin de remporter la victoire. Selon un sondage d'Elabe publié dans "La Tribune Dimanche", la liste Renaissance-Modem-Horizons est en retard de plus de 10 points derrière celle du RN dirigée par Jordan Bardella. Lors de ses vœux à la presse ce lundi, Bardella a souligné l'importance de la mobilisation des électeurs du RN pour ces élections, qu'il souhaite faire devenir le "rendez-vous avec la Nation" de l'année 2024.
De leur côté, Renaissance doit parvenir à un accord avec leurs partenaires afin de trouver un nouveau chef de file après la nomination de Stéphane Séjourné au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. Cependant, la majorité est divisée en raison de la loi sur l'immigration, un nouveau gouvernement qui favorise la droite, la nomination inattendue de Rachida Dati à la Culture, sans oublier la polémique entourant la nouvelle ministre de l'Éducation, Amélie Oudéa-Castéra. Ainsi, la campagne ne débute pas sous les meilleurs auspices.
Grégoire Poussielgue est l'auteur de
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