Le projet de loi sur l'immigration a entraîné une crise politique majeure dans le camp du président Macron. L'accord conclu ce mardi en commission mixte paritaire, qui favorise LR, et le soutien du RN ont provoqué d'importantes divisions au sein de la majorité présidentielle. De nombreux députés de Renaissance ont déclaré qu'ils voteraient contre le texte ce soir.
Par moi-même, Grégoire Poussielgue
Mardi, une journée importante pour le second mandat d'Emmanuel Macron. Dans une Assemblée nationale animée, le projet de loi sur l'immigration a connu son dénouement en deux étapes. La commission mixte paritaire (CMP), qui s'est réunie depuis lundi, a d'abord abouti, après de longues heures de négociations difficiles, à un accord sur un texte commun entre le Sénat et l'Assemblée nationale.
Le texte issu de cette CMP est très éloigné du projet de loi initial du gouvernement. Renaissance a dû absolument compter sur LR pour trouver une solution, et le texte s'aligne sur les décisions prises au Sénat. Que ce soit concernant la régularisation des travailleurs sans papiers, l'accès aux prestations sociales (qui devient plus difficile pour les étrangers), la déchéance de nationalité ou la réintroduction du délit de séjour irrégulier, la droite est clairement le grand gagnant de cette CMP.
Eric Ciotti, le chef du parti, s'est réjoui en déclarant que les Républicains étaient ceux qui avaient réussi à imposer un texte solide et audacieux, ce qui a d'ailleurs satisfait LR.
Les macronistes "historiques" ont du mal à accepter cette conclusion de la CMP. Beaucoup d'entre eux admettent être troublés par un texte qui, selon eux, s'éloigne grandement des valeurs défendues par Emmanuel Macron en 2017. "Des limites ont été franchies et on nous demande de voter en faveur de ce texte", déplore l'un d'entre eux.
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Le parti de gauche a réagi rapidement et vivement. Olivier Faure, le leader du Parti socialiste, a vivement critiqué la situation en la qualifiant de "moment effrayant" et de "trahison envers ceux qui ont voté pour Emmanuel Macron pour contrer l'extrême droite". Il qualifie cela de "moment honteux" pour la majorité présidentielle.
Selon les membres du parlement de gauche, en rendant les prestations sociales comme les APL ou les allocations familiales plus difficiles d'accès pour les immigrés réguliers, cela équivaut à mettre en place une sorte de "priorité nationale".
Suite à la conclusion de la CMP, Marine Le Pen a annoncé que les députés du Rassemblement national (RN) voteraient en faveur du projet de loi. Cette décision garantit en principe l'approbation du texte, surtout que les députés LR sont également largement favorables à celui-ci. Le vote était prévu en fin de soirée à l'Assemblée nationale après celui du Sénat.
Aussi, il est important de noter que l'accès aux aides sociales pour les immigrés est déjà soumis à plusieurs conditions.
Il a été décidé d'établir le principe d'une somme d'argent à déposer en garantie par les étudiants venant
Pour la plupart, cela représente un problème compliqué. Certains députés ont même ressenti un malaise croissant. "J'ai hésité pendant trois semaines à voter contre, mais après la décision de Marine Le Pen, j'ai pris ma décision", déclare un membre influent de Renaissance.
À l'intérieur du Modem, l'annonce de Marine Le Pen suscite également des turbulences. "Pour ma part, je ne soutiendrai pas ce texte", a déclaré le député Modem Erwan Balanant à l'AFP. Selon BFM TV, le président du groupe Modem à l'Assemblée nationale, Jean-Paul Mattei, s'est également positionné contre.
Marine Le Pen exprime sa satisfaction
Marine Le Pen ne cache pas sa satisfaction. Tout d'abord, parce que plusieurs propositions historiques du Rassemblement National sont incluses dans le texte, telles que la déchéance de nationalité et le délit de séjour irrégulier. Elle parle d'une "victoire idéologique" du Rassemblement National. Elle déclare : "En ce qui concerne le concept de priorité nationale, nos idées ont incontestablement remporté la victoire. […] En principe, ce concept est validé et je ne peux qu'en être ravie".
L'annonce de Marine Le Pen met dans une situation délicate la majorité d'Emmanuel Macron, car de nombreux députés sont réticents à soutenir un projet de loi avec le Rassemblement National. Le député de la République en Marche, Robin Reda, qui vient de la droite, appelle la majorité à ne pas se laisser tromper par cette stratégie de dernière minute du RN. Gérald Darmanin a également essayé de calmer les choses en déclarant que chacun devrait voter en fonction de sa conscience.
Une réunion de crise a eu lieu en fin d'après-midi à l'Elysée, où une réunion du groupe parlementaire à l'Assemblée a été organisée. Plusieurs députés ont déclaré qu'ils voteraient contre le texte, notamment Sacha Houlié, président de la commission des Lois et de la CMP. Des députés de l'aile gauche du parti d'Emmanuel Macron, comme Stella Dupont, sont du même avis, ainsi que des membres plus anciens tels que Gilles Le Gendre, député de Paris. Il justifie sa position en affirmant que "l'ajout du RN sur le document le rend encore moins attrayant". Avant le vote, il était difficile de déterminer leur nombre précis.
Suite à une situation d'urgence, une réunion d'urgence a été organisée à l'Elysée. Emmanuel Macron et les principaux dirigeants de la majorité y étaient présents, certains d'entre eux suggérant au chef de l'Etat de retirer le texte avant le vote de l'Assemblée.
En plus des députés, le malaise s'étend également à certains ministres. Selon « Le Figaro », plusieurs ministres de gauche, tels que Aurélien Rousseau (Santé), Sylvie Retailleau (Enseignement supérieur) et Patrice Vergriete (Logement), ont menacé de démissionner si un texte trop strict était adopté. Certains ministres qui avaient exprimé des réserves devaient dîner avec Emmanuel Macron à l'Elysée. En plus de ceux mentionnés par « Le Figaro », Roland Lescure (Industrie) et Clément Beaune (Transports) seraient également concernés.
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