Accueil AI Le débat autour du plan Ecophyto 2030 : quelle mesure des pesticides adopter ?

Le débat autour du plan Ecophyto 2030 : quelle mesure des pesticides adopter ?

0
Le débat autour du plan Ecophyto 2030 : quelle mesure des pesticides adopter ?

La mesure des pesticides est au centre du débat concernant le plan Ecophyto. Gabriel Attal a promis la tenue du Conseil d'orientation stratégique sur le plan Ecophyto 2030, alors que le secteur agricole traverse une crise. Le Premier ministre avait expliqué sa décision de mettre le projet en pause en soulignant la nécessité de revoir les indicateurs utilisés.

Par Anne Feitz

Le gouvernement souhaite résoudre un problème devenu très conflictuel en réunissant toutes les parties concernées du Conseil d'orientation stratégique du plan Ecophyto 2030 (représentants de l'agriculture, associations, collectivités, instituts scientifiques, etc.) la semaine prochaine. L'objectif est de trouver un consensus sur la manière de réduire l'utilisation de pesticides en France.

Le fait que Gabriel Attal ait annoncé, le 1er février, la suspension de ce plan a été vivement critiqué et a suscité des inquiétudes parmi les défenseurs de l'environnement et même au sein de la majorité. Le Premier ministre avait alors expliqué qu'il était nécessaire de prendre le temps de mettre en œuvre un nouvel indicateur.

Une demande forte et ancienne des agriculteurs de céréales et de la FNSEA – ce qui contrarie grandement les ONG environnementales. Bien que le débat puisse sembler technique, il est loin d'être impartial. L'objectif déclaré du plan Ecophyto 2030 est de réduire de moitié l'utilisation de pesticides d'ici cette date. Cependant, selon l'indicateur utilisé, la tendance peut complètement changer. Cela pourrait entraîner une modification totale des efforts demandés aux agriculteurs.

Pendant longtemps, la seule mesure utilisée pour évaluer l'utilisation de substances actives était leur quantité exprimée en tonnage. Le Nodu, qui est aujourd'hui remis en question, a été créé lors de la mise en place du premier plan Ecophyto en 2008. L'objectif était de prendre en compte non seulement la masse, comme dans la mesure de la quantité de substance active, mais également d'introduire une notion d'efficacité de cette substance.

Autre article à consulter:

Les défenseurs de l'environnement sont choqués par la décision de suspendre l'utilisation des pesticides, suite à la colère des agriculteurs.

Selon Corentin Barbu, un chercheur à l'Inrae, si une substance est moins efficace, il faudra l'utiliser en plus grande quantité. Ainsi, se concentrer uniquement sur la quantité n'est pas vraiment pertinent. Il explique que le Nodu corrige ce biais en prenant en compte à la fois la quantité de substance active et la dose autorisée.

En d'autres termes, les quantités sont exprimées en fonction de la "dose de référence", qui est déterminée pour une certaine surface lors de l'autorisation de mise sur le marché. Le Nodu permet de combiner des substances actives à des doses très variées. "Le Nodu tient compte de l'efficacité du produit par rapport à son objectif. Cependant, sa complexité est un problème qui peut pourtant être résolu facilement", admet Corentin Barbu.

Les producteurs de produits phytosanitaires et la FNSEA critiquent le Nodu car il est exclusivement français et entraîne une concurrence inégale avec nos voisins européens. De plus, le Nodu ne prend pas en compte la toxicité des substances chimiques tant pour l'homme que pour l'environnement. Ronan Vigouroux, responsable environnement de l'association Phyteis, qui représente les fabricants de pesticides, souligne que le Nodu regroupe tous les produits sans tenir compte des efforts des agriculteurs pour utiliser des produits moins dangereux.

Tout le monde reconnaît cette limite. Les organisations non gouvernementales (ONG) qui se consacrent à l'environnement et qui visent à se débarrasser complètement des pesticides à long terme estiment que la question ne réside pas dans le changement de produits, mais plutôt dans les pratiques agricoles. François Veillerette, membre de l'ONG Générations Futures, qui milite pour le maintien du Nodu, insiste sur le fait qu'avec l'émergence de résistances, les pesticides ne seront plus efficaces dans vingt ou trente ans.

Aussi dans les actualités:

L'Etat a été condamné pour son utilisation des pesticides, ce qui impacte la biodiversité.

Selon Corentin Barbu, on peut contourner le manque d'informations sur la nocivité du Nodu en considérant des sous-catégories. Alors que le Nodu dans son ensemble a diminué de 11,5 % entre 2020 et 2022 par rapport à la moyenne de 2015 à 2017, celui des produits classés comme cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) et présentant un risque avéré (CMR1) a chuté de 96 %, et est maintenant "proche de zéro", selon le ministère de l'Agriculture. La quantité de CMR2 (risque probable) utilisée a également diminué de 34 % entre 2009 et 2022.

L'indicateur alternatif dont on parle n'est pas non plus parfait. Il s'agit de l'indicateur appelé "de risque harmonisé européen" ou HRI1, qui est déjà utilisé en Europe et qui était prévu dans le projet de règlement SUR que la Commission européenne vient de rejeter.

Article associé:

Dans les statistiques – Utilisation de pesticides : bien que la France fasse des efforts, elle est encore loin de son objectif de réduction de 50 %

Cet indicateur évalue la dangerosité des pesticides pour les êtres humains et l'environnement. Il classe les substances actives en quatre catégories et leur attribue des coefficients de pondération (1 pour les moins dangereuses, 8 pour celles dont l'impact est "soutenable", 16 pour les agents CMR, et 64 pour les molécules interdites, sauf dérogation). Le HRI1, largement promu par les professionnels, reflète une tendance favorable à ces derniers : il entraîne une baisse de 38% entre 2011-2013 et 2021.

Il n'existe pas d'indicateur parfait.

Le problème est que le HRI1 ne prend plus en compte l'efficacité du produit. Cependant, selon Corentin Barbu, "80% des substances appartiennent à la catégorie de l'impact soutenable : pour celles-ci, le HRI1 ne considère que la quantité". Certains critiquent également une mauvaise évaluation de la nocivité des produits. François Veillerette affirme même que "les coefficients utilisés ne reflètent pas le niveau de dangerosité. Dans certains cas, le HRI1 pénalise même l'agriculture biologique !".

Selon tous les participants du débat, il n'existe pas de mesure parfaite. D'après diverses sources, des réflexions sont en cours pour créer un indicateur combinant le Nodu et le HRI1. À ce stade, le gouvernement se montre ouvert à cette idée. Un conseiller du ministère de l'Agriculture souligne l'importance de cet indicateur pour atteindre notre objectif : réduire à la fois l'utilisation et les risques liés aux pesticides. Les discussions de lundi porteront précisément sur la question d'un indicateur hybride ou de plusieurs indicateurs.

Anne Feitz

Nouveauté : découvrez nos offres haut de gamme !

Nos vidéos

Des agriculteurs italiens se dirigent vers Rome pour exprimer leurs revendications

Agriculture : 1 000 tracteurs bloquent le quartier européen de Bruxelles

Des agriculteurs à Rungis : "Nos dirigeants ne doivent pas penser que nous allons rester passifs"

La Nasa dévoile des images impressionnantes de galaxies en spirale

Les articles les plus lus

La réforme du collège, un choc qui secoue le système éducatif national

Réduction de la pollution automobile : les grandes villes ralentissent sur les zones à faibles émissions

La réforme de l'éducation nationale, victime indirecte des critiques de François Bayrou

En vedette

"Voiture logicielle" : Renault en difficulté pour rattraper Tesla

Robert Badinter : la bataille jusqu'à la mort

Remaniement : dans l'esprit de Sacha Houlié, un candidat au poste de ministre déçu

Société

Éducation nationale : après la tempête Amélie Oudéa-Castéra, Nicole Belloubet cherche à calmer les tensions

Plan Ecophyto : la question de la mesure des pesticides au centre du débat

Papillomavirus : pourquoi la campagne de vaccination a du mal à prendre en France

Pratique

P

Le Collectif

Tous les droits sont réservés – Le journal Les Echos en 2024.